27 octobre 2008
Doc,Doc,Doc... Jean Ziegler : pour un "tribunal de Nuremberg" de la crise
Par Hubert Artus | Rue89 | 27/10/2008 | 14H08
Sans la crise, c’eût été une démonstration, une accusation. Mais elle en fait un coup de tonnerre. Sa "Haine de l’Occident" est parue en pleine crise financière. Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, a accordé une interview à Rue89. Interview plus radicale encore que son livre.
Le nouveau livre de celui qui est aujourd’hui membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l‘homme de l’ONU, est un ouvrage dense, étayé de faits recueillis durant son activité à l’ONU. Dans "La haine de l’Occident", Jean Ziegler, comme à son habitude, manie à plaisir sa verve pamphlétaire et son franc-parler, accusant le FMI, le président français Nicolas Sarkozy, la banque Mondiale, l‘OMC et le double langage de la communauté internationale. Et d’illustrer en 300 pages le rejet et la haine grandissante du tiers-monde contre l’Occident.
La haine, des origines à nos jours
C’est d’abord un historique de la haine que le livre de Ziegler met en perspective:
"Depuis plus de 500 ans, les Occidentaux dominent la planète. Or, les Blancs, aujourd’hui, ne représentent guère que 12,8 % de la population mondiale. Par le passé, ils n’ont jamais dépassé 24%."
Et Ziegler de resituer les quatre systèmes de domination de l’Occident au long des siècles: les conquêtes, l’esclavage et la traite, la colonisation et enfin "l’actuel ordre du capital occidental globalisé". Ces dominations terribles, auxquelles on ajoutera les actuels refus de repentance, de réparations et la confiance toujours indélébile du Nord envers l’idéologie libérale, c’est ce qui, pour Ziegler, a irrémédiablement rouvert la blessure. Le Suisse s’en prend ainsi au président français qui, à Dakar en 2007, reprochait aux Africains «leur immobilisme qui ne laisse pas de place ni pour l'aventure humaine, ni pour le progrès».
01 octobre 2008
Doc doc doc: Deux vidéos vues au Zénith, le 27.09.08
Bonjour à tous, Pour tous ceux qui n'étaient pas au Zénith, voici deux parmi les excellentes vidéos qui ont été diffusées au cours de la soirée. ...Et pour ceux qui étaient là, un grand plaisir à les revoir :
Art Total:
http://www.trescourt.com/?page=fr_film&id_rubrique=220 (Gwen Pacotte et Pierre Excoffier)
... et ...
La révolution des crabes:
La Révolution des crabes
envoyé par kingarthur22
Commentaire: Merci à Valérie, du DA06 pour ces liens.
04 septembre 2008
DOC, DOC, DOC: "Le siècle"
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Le Siècle
http://www.syti.net/Organisations/LeSiecle.html
"Le Siècle" est un "club de réflexion" (ou "think tank") qui réunit les membres les plus puissants et influents de la classe dirigeante française. On y retrouve des politiciens de droite et de gauche, les patrons des plus grandes entreprises françaises, des journalistes de premier plan dans les médias qui "font l'opinion", et quelques universitaires. Le Siècle compte un peu plus de 500 membres choisis par cooptation, auquels s'ajoutent 200 invités renouvelés chaque année. Une fois par mois, les membres du Siècle se réunissent au très sélect Automobile Club de France, place de la Concorde. De 20h à 21h, un apéritif permet de choisir librement ses interlocuteurs. A 21h vient l'heure du dîner. Les convives sont placés par groupes de 7 ou 8 autour d'un chef de table qui veille à organiser le débat et à éviter les apartés. Le repas se termine à 22h45. Ceux qui le souhaitent peuvent prolonger la soirée au bar. Sur Canal Plus, les "Guignols de l'info" ont fait allusion au Siècle, avec une séquence où une
organisation nommée "Le Spectre" gouverne secrètement la France. Dans une mise en scène à la manière de James Bond - "Octopussy" ou de la série TV "Le Prisonnier", on y voit des
personnalités médiatiques et politiques obéir servilement aux ordres du "n°1" de l'organisation, incarné par la marionnette d'Ernest Antoine Seillière. Zoom sur quelques membres du Siècle
D'autres membres du Siècle... |
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THEMES
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L'IFRI est un "club de reflexion" consacré à la politique internationale, ce qui inclut des questions comme l'économie, la mondialisation, ou les méthodes de "gouvernance". L'IFRI rassemble des personalités politiques de droite et de gauche, des patrons de grandes entreprises, et quelques universitaires. |
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Un autre "club de reflexion" qui a rassemblé rassemblé l'élite dirigeante française de 1985 à 1999. C'est l'organisation qui a le plus oeuvré pour la conversion idéologique de la gauche française au libéralisme économique. |
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Le Groupe de Bilderberg rassemble l'élite mondiale de la finance, de l'économie, de la politique et des médias. C'est le plus puissant des réseaux d'influence, au point d'être considéré comme un véritable gouvernement mondial occulte. |
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Nous vivons depuis dix ans un changement radical du type de régime politique dans les pays occidentaux, avec l'avènement d'un nouveau pouvoir, celui des réseaux économiques et financiers. Voici les raisons pour lesquelles nous pouvons dire que nous ne sommes déjà plus tout à fait en démocratie. |
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Qui sont les Maîtres du Monde, et quelles organisations utilisent-ils pour contrôler le monde? |
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Quelques images des Maîtres du Monde au World Economic Forum de Davos qui réunit chaque année l'élite de l'économie, de la politique et des médias. |
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Pour savoir "qui est qui", voici l'indice de contrôle et de collaboration de quelques partis politiques, syndicats ou médias. |
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Les élections présidentielles françaises de 2002 ont révélé une nouvelle carte du jeu politique, dont les vraies frontières ne sont plus entre la droite et la gauche, mais entre la collaboration et l'opposition au nouvel ordre économique. |
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Le futur du monde appartient aux citoyens. Les directions prises par la société, l'économie, l'environnement ne sont pas inéluctables. Sans le savoir, les citoyens disposent de puissants moyens d'action... |
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30 août 2008
DOC, DOC, DOC: La révolution Française: Vincent Peillon et François Furet
Les débats de l'Obs: ICI
Faut-il brûler François Furet?
Par Vincent Peillon et Philippe Raynaud
Le responsable socialiste publie un essai qui conteste radicalement les thèses de notre ami François Furet sur la Révolution française et entend rompre avec les «préjugés» qui l'auraient nourri. Un disciple du grand historien réplique
Le Nouvel Observateur.- Votre livre «La Révolution française n'est pas terminée» renvoie d'emblée à François Furet et à son œuvre. Proposez-vous une contestation radicale de ses thèses sur la Révolution?
Député européen depuis 2004, Vincent Peillon a été porte-parole national du Parti socialiste, puis de Ségolène Royal en 2007. Il dirige la Fondation Edgar-Quinet. Il est agrégé de philosophie et notamment l'auteur de «Jean Jaurès et la religion du socialisme» et de «la Tradition de l'esprit. Itinéraire de Merleau-Ponty» chez Grasset. Il publie cette semaine au Seuil «La Révolution française n'est pas terminée».
Vincent Peillon.- Il appartient à chaque génération d'écrire son récit historique et de s'engendrer ainsi elle-même dans son présent. Mon sentiment est que notre génération ne l'a toujours pas fait. Nous sommes en panne. Le récit historique dominant qui est encore le nôtre est un récit qui nous empêche d'accéder à notre présent, qui fait écran. Il en est d'un pays comme d'une personne. Un récit lacunaire, tronqué ou illusoire engendre un malaise, une impuissance, une pathologie, une crise d'identité, une incapacité à s'engager dans l'avenir. Notre crise nationale est d'abord une crise de la mémoire. C'est pourquoi ma conviction est que nous ne pourrons sortir de cette crise que par l'écriture d'un nouveau récit. Cela ne suffira pas, mais c'est le commencement nécessaire.
C'est ce que je propose dans ce livre, en assumant directement la polémique avec les figures tutélaires qui ont construit ce grand récit-écran, au premier desquelles François Furet. Il a écrit notre récit national autour d'une série d'oppositions: liberté/égalité, catholicisme/protestantisme, individu/Etat, IIe République/IIIe République, bonne Révolution de 1789/mauvaise Révolution de 1793, libéralisme/socialisme. Je conteste à la fois sa lecture historique, les fondements philosophiques sur lesquels elle s'appuie et les conséquences politiques qu'il en tire. Cela étant, je montre le lien de cette œuvre à l'historiographie marxiste et à la lecture de Claude Nicolet, qui est pour moi l'autre grande figure tutélaire. Sous leurs apparentes divergences, j'établis la disposition commune qui les réunit et que nous devons dépasser.
Philippe Raynaud. - Je ne crois pas que l'on puisse présenter François Furet comme un historien militant. Dans ses différents ouvrages sur la Révolution, il y a des évolutions. Ce que je vous accorde volontiers, c'est que ce sont toujours des récits situés par rapport à un contexte d'argumentation. Mais c'est le cas de tout livre, le vôtre y compris. Le premier livre qu'il a écrit, avec Denis Richet, parle en effet des thèses dominantes de l'historiographie disons jacobino-communiste telle que Soboul et ses élèves pouvaient la défendre, et il s'attachait à montrer que, pour ce qui concerne l'œuvre historique essentielle de la Révolution française, c'était plutôt de 1789 que nous étions les héritiers que de 1793. Puis il y a eu trois autres livres, dont le plus significatif, me semble-t-il, celui d'ailleurs que vous citez le moins, est le «Dictionnaire critique de la Révolution française».

Vous avez choisi un titre qui est évidemment une allusion à une formule de François Furet, «la Révolution française est terminée». Mais je me permets de remarquer que la négation que vous faites n'est pas la négation de ce qu'il dit. La formule n'a pas le même sens chez vous et chez lui. Furet veut dire: la Révolution est terminée en ce sens qu'elle n'est plus un enjeu majeur dans les années 1980, qu'il n'y a plus de forces contre-révolutionnaires, que le répertoire révolutionnaire n'est plus celui de la politique française. Ce qu'il dit aussi, c'est que la Révolution française est un processus qui a duré presque un siècle et qui, commencé en 1789, ne s'est achevé qu'avec la IIIe République. Tous les grands républicains de la IIIe République, y compris Clemenceau, pensent que l'avènement de la République a clos l'ère des révolutions, et en ce sens sont d'accord avec Furet pour dire que la Révolution est en tant que telle terminée. Je crois donc que votre livre ne discute pas les thèses de Furet.
V. Peillon. - Si dire que la Révolution est terminée c'est dire qu'il n'y aura plus de coups de force, de violences, il n'y a en effet pas débat. Mais c'est réduire la position de Furet et la dénaturer jusqu'à l'insignifiance. Furet dit en réalité beaucoup plus! Il dit que les effets du complexe philosophique et historique ouvert par la Révolution sont épuisés. C'est la fin de l'exception française. C'est le républicanisme n'existant plus que comme nostalgie! Position que Furet assume et défend! A l'inverse, je soutiens que le régime d'historicité, d'idéalité, d'organisation du théologico-politique, d'articulation liberté-égalité, ouvert par la Révolution, n'a pas fini de produire ses effets; d'ailleurs, depuis les travaux de Furet, de nouvelles interprétations, qui contestent les siennes, se font jour, donc la Révolution comme avènement, comme matrice de sens se continue. Vous dites qu'il n'y a plus de contre-révolutionnaires: je soutiens que cette thèse est déjà une thèse contre-révolutionnaire! Dire qu'il n'y a plus de réactionnaires, de conservateurs, de rétrogrades, c'est déjà céder à leurs sirènes!
Je soutiens que l'idéologie aujourd'hui dominante est contre-révolutionnaire en partie, et que c'est là que se joue la bataille idéologique, en particulier sur l'idée que la demande d'égalité contrarie l'émancipation individuelle. Je conteste aussi précisément cette séparation entre 1789 et 1793 que vous évoquez. J'ajoute que la lecture de 1793 à travers 1917, ce qui est le prisme de Furet, le concept de jacobino-stalinisme, est inopérant historiquement! Et que c'est un héritage non élucidé de l'historiographie communiste! Les grands hommes politiques républicains de la IIIe sont, dites-vous, du côté de Furet: pas du tout! Ni Bourgeois, ni Clemenceau, ni Jaurès, ni Buisson, encore moins Blanc, Hugo et Quinet: ils veulent poursuivre la Révolution, faire entrer ses principes dans le réel, et ils pensent que c'est là une tâche interminable.

N. O. -Une des thèses du livre, c'est qu'il y a une sorte de continent oublié ou incompris dans l'histoire de la République française, plus précisément encore dans celle de la gauche française: celui des républicains et des socialistes de 1848, qui avaient élaboré un mode de pensée spécifique permettant d'échapper à l'alternative dominante entre Marx et Tocqueville, de dépasser les dualismes que vous évoquiez...
V. Peillon. - Nous sommes là au cœur! Au mépris de Tocqueville, dans ses «Souvenirs», à celui de Marx, dans «les Luttes des classes en France», répond celui de François Furet, qui ne voit dans 1848 qu'une répétition mièvre de la Grande Révolution et un échec politique et social! Cette convergence dans le mépris est l'indice d'un symptôme et est un des éléments structurants de la disposition commune dont je parlais en commençant! Un scénario se met en place autour de l'idée que, pour accoucher de la IIIe République, il a fallu rompre avec la IIe. Cette thèse oblige, pour être soutenue, à des inexactitudes profondes! Exemples: faire passer Louis Blanc pour un jacobino-papiste et un anti-protestant, ou considérer que Quinet n'a influencé Ferry que par sa critique de la Terreur et non par sa recherche d'une religion laïque adaptée à un régime de liberté!
Et ses conséquences sont lourdes: erreur sur la nature de la République française, qui cherche à dépasser le dualisme de la liberté et de l'égalité par un troisième terme, la fraternité ou la solidarité ou l'association; soustraction de toute la problématique essentielle du spirituel républicain pour réduire la République à un plat positivisme; institutionnalisation de l'amnésie nationale! Cela permet au passage de liquider le socialisme républicain. Avec ce récit historique, il est difficile d'expliquer Jaurès, qui revendique à la fois que le socialisme est un individualisme, établit ses origines luthériennes et affirme sa dimension religieuse puisqu'il en fait la réalisation, y compris par la laïcité, de ce qu'il y a de proprement religieux dans les religions!

P. Raynaud.- On peut avoir des jugements divers sur 1848, mais on n'a pas attendu aujourd'hui pour trouver que c'est un beau moment de la Révolution française, comme l'a fait Maurice Agulhon, que vous ne citez guère.
V. Peillon.- Si, et je lui rends hommage...
P. Raynaud.- Pour ce qui est de Furet, le texte que vous citez, extrait de la préface du «Siècle de l'avènement républicain», discute du bilan politique de 1848. Or on peut avoir de la sympathie intellectuelle pour les socialistes et les républicains de 1848 et reconnaître que leur bilan politique est maigre, et même lourd: l'écrasement des prolétaires dans les journées de juin 1848, le coup d'Etat du 2 Décembre. Furet ne fait pas l'histoire des idées de 1848, mais l'histoire politique de 1848, une histoire tragique qui se termine de manière tragique. Quant à l'influence de la IIe République tout au long de l'histoire de la IIIe, cela vous amène à discuter un livre que Furet n'a jamais écrit puisqu'il s'arrête en 1880. Cela fait une curieuse argumentation. Parfois vous opposez à Furet ses propres thèses, comme lorsque vous affirmez l'importance de la Révolution française, ce qui est précisément ce qu'il dit; parfois vous discutez de réponses à des questions que Furet ne se pose pas, comme celles concernant les théories de 1848, et maintenant vous discutez d'un livre qu'il n'a jamais écrit!

V. Peillon.- Et son livre sur Quinet, qui ne garde que la critique de la Terreur comme matrice de la IIIe République et évacue toute la problématique religieuse?
P. Raynaud.- Furet n'attache pas effectivement une importance décisive aux thèses religieuses de Quinet, et je crois qu'il a raison! Quinet est un très bon auteur, mais dont les thèses sur cette question me paraissent tout à fait brumeuses: il n'est pas évident que, pour éviter la Terreur, il aurait fallu recommencer les guerres de Religion!

V. Peillon.- Brumeuses? Mais ce sont ces thèses qui ont conduit à la laïcité, à la séparation de Eglises et de l'Etat. C'est pourquoi Ferry et Buisson ont toujours conservé comme leur ouvrage de référence «l'Enseignement du peuple», dans lequel Quinet établit, pour des raisons religieuses (le catholicisme comme religion de servitude, l'impossibilité d'acclimater le protestantisme en France), la nécessité de cette séparation.
N. O.- On voit bien votre divergence. Mais si on accepte que cette critique de Furet n'est pas pertinente en ce qu'elle lui pose des questions qui ne sont pas celles qu'il traite, comment expliquer, à votre avis, ce désintérêt de Furet pour ces questions, et donc les choix qu'il opère dans sa restitution historique ?

V. Peillon.- François Furet vient du marxisme, et son but est de nous délivrer de l'historiographie marxiste, celle de Mathiez et de Soboul. C'était une tâche utile et nécessaire. Mais, comme souvent dans ces cas-là, il partage avec ceux qu'il critique des présupposés. Furet a accompli sa tâche historique. Mais c'était une tâche critique. Et le fait est qu'il ne nous a pas donné les instruments pour construire du positif et aborder notre temps. Plus profondément, son récit conforte cette exception française qui est l'écart considérable entre nos pratiques politiques et les instruments théoriques dont nous disposons pour les penser. Cet écart n'existe nulle part ailleurs avec une telle puissance. Ce n'est pas avec Marx et Tocqueville que vous pourrez penser la spécificité du modèle politique et social français. On méconnaît par contre ceux qui ont été les théoriciens et les artisans de notre réalité politique: les lois sociales, les lois sur les libertés (association, presse, syndicat), le mouvement coopératif, l'école et la laïcité, l'Etat-providence, les services publics doivent plus tout de même à Alfred Fouillée, Léon Bourgeois, Edgar Quinet, Ferdinand Buisson, Jean Jaurès, Léon Duguit, Charles Gide qu'à Marx et Tocqueville!

P. Raynaud.- S'il s'agit de relire ces auteurs, je trouve cela très bien, de la même façon que la tentative qui est la vôtre pour nous faire redécouvrir, en tout cas à la gauche française, une libre-pensée spiritualiste ou religieuse. Mais la question me semble être bien plutôt de savoir si les questions du présent peuvent être pensées dans les termes de leur époque. S'il s'agit, par exemple, de dire qu'il n'est pas très sage de supprimer totalement l'impôt sur les successions ou qu'il ne faut pas stabiliser les inégalités, je signe des deux mains, mais cela ne me semble pas être une question d'opposition philosophique entre libéralisme et République. Je ne crois pas que ce soit un débat entre libéralisme et République, pas même entre libéralisme et socialisme! Ce qui me gêne par ailleurs, c'est que ce qu'on appelle le républicanisme se construit par opposition au libéralisme, et donc, en France, nous reconduit à de faux débats.
V. Peillon.- Pas du tout. Mon deuxième chapitre s'intitule la «République libérale» et conteste la thèse d'un illibéralisme des républicains français. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a eu un premier retour au républicanisme vers les années 1980. Ce retour au républicanisme a échoué. Pourquoi? Parce qu'il a négligé la dimension individualiste, spiritualiste, internationaliste et économique du républicanisme. En d'autres termes, ce fut un républicanisme du repli ou de la nostalgie: repli sur le cadre stato-national; confusion de l'anticléricalisme et de l'antireligiosité; opposition entre vertu républicaine et jouissance libérale. C'est un républicanisme inexact, anachronique, et au final assez rebutant, qui a accordé une victoire facile à un ultralibéralisme se présentant comme le meilleur défenseur de l'internationalisme, de la production des richesses, des libertés individuelles.
Je soutiens qu'il y a une autre doctrine républicaine, qui se préoccupe de la production des richesses, qui est pour l'émancipation des personnes, qui est ouverte sur le monde, qui fait place à l'aspiration religieuse. C'est en reprenant cette doctrine que nous pourrons engager la bataille idéologique et reconstruire une pensée progressiste en France. Il faut refaire droit, au nom des libertés, à la demande d'égalité, et montrer que celle-ci porte avec elle une doctrine efficace de la production des richesses et de l'émancipation individuelle. Ce sera la seule façon de lutter contre la doctrine dominante à droite aujourd'hui, une droite qui revendique d'ailleurs son hégémonie idéologique, qui consiste à faire croire que toute recherche de l'égalité (dissolution des héritages, impôt progressif, garanties collectives contre les risques et le hasard, égalité réelle des chances) est oppressive des libertés et antiéconomique! Ce qui permet de liquider le pacte républicain au nom même des valeurs républicaines!
Philosophe, professeur de science politiques à l'université de Paris-II, Philippe Raynaud enseigne également à l'Ehess, au Centre de Recherches politiques Raymond-Aron ainsi qu'à l'Institut d'Etudes politiques de Paris. Il préside la Fondation du 2-Mars, un groupe de réflexion républicain. Il a notamment publié «Max Weber et les dilemmes de la raison moderne» (PUF) et «l'Extrême-gauche plurielle» (Editions Autrement).
N. O.- Pour conclure, on vous sent, Philippe Raynaud, assez sceptique sur l'intérêt des républicains dont parle Vincent Peillon et sur l'idée qu'il faille reprendre ce récit...
P. Raynaud. - Ce n'est pas tellement que je suis sceptique, c'est que je pense autre chose. D'abord sur Tocqueville et Marx; il est vrai dans une certaine mesure qu'ils n'ont pas modelé notre histoire ou qu'ils ont peu inspiré la politique française, mais cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas intéressants pour la comprendre. Je ne crois pas non plus que notre histoire commence en 1789: l'amnésie ne concerne pas que l'héritage républicain, elle est beaucoup plus globale et elle touche toute l'histoire de France. Je suis d'accord pour considérer que, dans ce contexte, la façon dont Sarkozy aborde certaines questions peut produire un certain nombre d'effets fâcheux, mais je ne crois pas que les socialistes soient les seuls héritiers naturels de la République, ni que le retour à cet héritage suffise à nous sauver...
V. Peillon.- La fin de la Révolution proposée par François Furet est le symétrique de la société sans classes. Ce n'est qu'un dogme. Il nous appartient de le renverser pour reprendre notre marche en avant. Nous vivons un moment d'abaissement national. Je le crois en partie lié à la méconnaissance de notre histoire et de ses principes. Je sais que cela peut sembler loin des préoccupations du jour, mais c'est une erreur. Tous ceux qui ont prétendu ou prétendent encore pouvoir faire l'économie de cette refondation et de cette bataille idéologique participent de cet abaissement. Philosophie, histoire et politique sont, depuis la Révolution française, inséparables. C'est pourquoi ce long détour par notre mémoire est peut-être le plus court chemin vers notre avenir. Lorsque Mendès France rejoint le socialisme, Merleau-Ponty écrit un texte où il soutient que la seule survie politique possible, par-delà l'horreur communiste et la mystification libérale, se jouera sur la ligne du socialisme réformiste. Survivre politiquement, tel est l'enjeu.
Propos recueillis par François Bazin
A lire également sur BibliObs: Non, Danton n'est pas Hitler, par Mona Ozouf
Mona Ozouf a lu «Politiques de la Révolution française», de Bronislaw Baczko
La Révolution revue par Sophie Wahnich
et bien sûr
Source: «le Nouvel Observateur» du 28 août 2008.
28 août 2008
DOC, DOC, DOC : L'Europe doit défendre une nouvelle pratique des droits de l'homme
par Jean-Pierre Mignard
L'invasion de l'Irak en 2003 par les Etats-Unis, la répression de ses
minorités nationales par la Chine en 2008 et l'invasion de la Géorgie
par la Russie ont au moins une caractéristique commune. Ces trois
pays sont membres du Conseil de sécurité de l'ONU et, pour le
dernier, membre du Conseil de l'Europe. Le pays envahi, la Géorgie,
également. Et c'est une triste première.
La communauté internationale, concept juridique assez imprécis pour
tout suggérer et ne rien dire, ne peut trouver là aucun motif de
réconfort si l'on admet que les membres du Conseil de sécurité sont
les premiers gardiens du traité des Nations unies. Leur valeur
d'exemple est à terre et le pire est venu des Etats-Unis car, à la
différence des deux autres, c'est une démocratie accomplie. Quand
l'Amérique se parjure, les Etats voyous, grands ou petits, s'emparent
de leur butin. Guantanamo est une aubaine pour eux. Et si nous avons
tant critiqué les Etats-Unis dans ce bourbier inhumain qu'est l'Irak
c'est que lorsqu'ils trébuchent, c'est la démocratie qui tombe.
Souhaitons que les prochaines élections redonnent un pas ferme à ce
pays.
Les contempteurs du "droit-de-l'hommisme", néologisme venu des soutes
de la nouvelle droite, formule qui pour ses utilisateurs englobe des
ONG hystériques ou des professeurs chiffonnés, n'ont, en attendant,
guère de souci à se faire. Ils peuvent ricaner : le principe de
réalité est en pleine forme. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Les ralliements opportunistes aux traités, la cécité ou la
pusillanimité des démocraties ont peu à peu transformé des principes
de droit puissants et actifs, sortis pour l'essentiel des charniers
de la seconde guerre mondiale, en paravent commode pour tyrannies en
quête d'honorabilité.
Cassin affirmait que tant que les droits de l'homme seraient
maltraités il n'y aurait pas de paix dans un seul coin de la planète.
Il liait les droits de l'homme, ceux des peuples, la paix, la guerre.
Pour lui c'était un tout. C'est d'ailleurs le sens du préambule de la
Déclaration des droits de l'homme des Nations unies de 1948. "Battre
sa femme, c'est un autre jour tuer son voisin", dit le proverbe. Il y
a une continuité entre la violence domestique et l'agression des
autres. C'est vrai pour les Etats comme pour les personnes.
Il faut reprendre une nouvelle pratique des droits de l'homme, plus
exigeante, plus concrète et plus efficace. L'Europe, et d'abord la
France et la Grande-Bretagne, membres permanents du Conseil, devaient
élever le débat, au nom de l'Union européenne, sur une réforme du
statut des membres du Conseil de sécurité de l'ONU à l'aube de
l'adhésion de nouveaux membres.
Tout membre du Conseil qui ne soumettrait pas un litige relatif à une
question de souveraineté territoriale et le réglerait unilatéralement
par l'emploi de moyens militaires serait de jure suspendu du Conseil.
La Cour internationale de justice verrait sa compétence accrue et
serait seule apte à le trancher.
FOYER MISSIONNAIRE
De nombreux Etats, notamment d'Afrique, y recourent déjà. Mais cette
solution arbitrale de la Cour n'est que facultative. Elle doit
devenir la règle pour les Etats membres du Conseil. A haut niveau de
responsabilité, haut niveau de devoirs. Sinon le droit de veto
continuera à être un laissez-passer aux exactions, un viatique
d'impunité. Un rêve ? C'est ce que les cyniques opposaient à Briand.
On découvrit trop tard qu'ils étaient experts en cauchemar.
Chaque ministre européen en visite dans un pays signalé devrait
rituellement poser la question et réclamer des informations sur le
sort des prisonniers d'opinion. Pas seulement aux autorités à qui il
incombe de répondre en premier mais aussi aux organisations civiles,
sociales et professionnelles. Il devrait se constituer, peut-être
sous les auspices du commissaire européen aux droits de l'homme, un
secrétariat chargé de compiler le bilan de ces visites. Il y a 27
Etats membres qui composent l'Union. Imaginons que chaque ministre de
chaque Etat accorde une heure de son temps aux droits de personnes
persécutées lors de ses déplacements. Voilà un vrai bouclier pour les
démocrates menacés et persécutés et des marges de manoeuvre réduites
pour les Etats liberticides.
Le traité de l'OMC conditionne l'entrée de membres à la signature et
à la ratification du pacte international relatif aux droits civils et
politiques de l'ONU de 1966. C'est parfait mais que le traité de
l'OMC aille plus loin. Qu'il fasse un véritable travail de
vérification des engagements pris pour démasquer les signatures
opportunistes. Doutons qu'une justice indépendante en matière de
commerce voit le jour là ou l'on torture dans des caves. C'est un
tout et l'OMC gagnerait en estime.
Enfin, la confection des traités eux-mêmes devrait associer les
sociétés à leur processus. La très récente initiative de l'Union pour
la Méditerranée fait côtoyer d'authentiques démocrates avec des
personnalités qui n'ont rien à voir dans le champ des droits de
l'homme, sinon qu'elles y braconnent. M. Kadhafi a eu le bon goût de
décliner.
On dira que ce traité ne concerne pas les personnes, que l'on mélange
tout et que l'on va tout faire échouer. Ah bon, mais alors il sert à
quoi ? Rien n'empêche qu'un sommet régulier des sociétés civiles des
Etats signataires se réunisse pour contribuer à faire vivre le
traité, l'enrichir et veiller au respect de ses clauses. Les
organisations professionnelles, les universités, les ONG, les
chambres de commerce, les syndicats auraient leur mot à dire. Les
sommets mondiaux sur le sida ou l'Internet en sont des illustrations.
On y entendrait des choses désagréables ? Tant mieux. Ce serait le
signe d'un véritable échange.
Dernière objection, je la pressens. Pourquoi l'Europe serait-elle le
foyer missionnaire de cette entreprise car elle n'est pas parfaite ?
Loin de là en effet, nos centres de rétention seront un jour des
camps, et j'entends même les catholiques italiens du centre-droit
s'inquiéter d'un risque de résurgence du fascisme dans leur pays.
Je dirais d'abord parce que la guerre aux portes de l'Europe rend
cette réaffirmation volontaire et sans concession des droits de
l'homme comme un objectif géopolitique indispensable. Ensuite, plus
prosaïquement, parce que s'intéresser aux droits de l'homme chez les
autres, c'est un des plus sûrs moyens de les prendre au sérieux chez
nous. A force de s'agenouiller on finit par croire, disait Pascal.
Pour les droits de l'homme relevons-nous. Il est plus que temps.
Jean-Pierre Mignard, avocat à la cour
15 juillet 2008
DOC, DOC, DOC : Christine Ockrent en mars 2007
Les femmes
sont des hommes comme les autres
Lien: LeMonde.fr - 12 mars 2007
lundi 19 mars 2007 par Rémy
Elles sont encore des pionnières, exploratrices d’un continent
exclusivement masculin ou presque il y a peu. Mais elles ne sont plus des
exceptions, comme le furent avant elles les "dames de fer", Margaret
Thatcher, Indira Gandhi et Golda Meir. De Berlin à Santiago du Chili, de Berne
à Riga, de Dublin à Helsinki, de Monrovia au Liberia à Wellington en
Nouvelle-Zélande, des femmes ont accédé aux plus hautes fonctions politiques.
En France et aux Etats-Unis, Ségolène Royal et Hillary Clinton sont en course
pour présider aux destinées de leur pays. Si elles y parvenaient, trois des
principales démocraties au monde seraient, demain, dirigées par des femmes,
puisque Angela Merkel les a précédées au poste de chancelière d’Allemagne.
Le dernier livre de Christine Ockrent est d’abord le portrait de
groupe, vivant et chaleureux, de cette première génération de femmes de pouvoir
- et au pouvoir. Elles peuvent paraître aux antipodes les unes des autres,
comme Michelle Bachelet, la présidente chilienne rieuse et enthousiaste, et
Angela Merkel, réservée jusqu’à la dureté. Elles peuvent jouer pleinement de
leur féminité comme Hillary Clinton ou s’en moquer comme d’une guigne, à
l’image d’Helen Clark, premier ministre néo-zélandais. Mais, au-delà de ces
différences d’histoires, de parcours et de styles, elles témoignent toutes de
l’émergence, depuis une dizaine d’années, d’une génération façonnée par les
luttes des femmes pour leur indépendance. Même si elles sont souvent restées à
distance du féminisme le plus militant, leur ambition repose sur une
évidence : l’égalité avec les hommes.
Evidence à leurs yeux. Mais pas pour leurs homologues masculins.
Car toutes ont forgé leur caractère et leur carrière contre le conformisme
social, les sarcasmes, parfois le mépris. On est sidéré, par exemple, de
redécouvrir la violence des réactions à l’égard d’Edith Cresson, traitée jusque
dans ces colonnes (qui plus est par la chroniqueuse de l’époque !) de
"femelle en chaleur" peu après sa nomination à Matignon en 1991. Et
quand ce n’est pas leur apparence physique qui est soulignée d’un rire gras,
comme au Chili ou en Allemagne, ce sont leurs compétences ou leur autorité qui
sont mises en doute. Le "Bécassine" lancé contre Ségolène Royal
trouve manifestement sa traduction dans toutes les langues.
Car c’est le principal trait commun à toutes ces femmes qui
gouvernent ou président aujourd’hui : "Elles ne doivent rien aux
hommes, elles ont fait leur chemin seules, elles ont travaillé dur, plus que
les hommes ; pour elles tout a été et demeure plus difficile", résume
Christine Ockrent. Pour autant, lorsqu’elles l’ont conquis, exercent-elles le
pouvoir de façon différente des hommes, moins agressive ou emphatique, plus
intuitive ou efficace, comme certain(e)s voudraient le croire avec un certain
angélisme ? Rien n’est moins évident.
Certes, l’habitude de cumuler les rôles et d’accumuler les tâches
familiales, professionnelles et politiques aiguise "une aptitude
singulière à l’adaptation et au pragmatisme" et conduit à plus de
"simplicité". Mais, dans les démocraties occidentales - tant la
situation est différente aux Philippines ou au Bangladesh, au Sri Lanka ou en
Corée du Sud, dirigés par des femmes -, "on constate que les ressorts
de l’ambition, les méthodes pour accéder au pouvoir, la manière de l’exercer
s’apparentent à ceux des hommes. La plupart des femmes au pouvoir ont une
approche identique de leur rôle, et celui-ci n’est pas conditionné par leur
sexe". Bref, elles sont "des hommes comme les autres" !
Sinon un atout, le fait d’être une femme n’est donc plus un handicap
insurmontable pour accéder au pouvoir et l’exercer. Salutaire démonstration,
peut-on conclure avec Christine Ockrent.
MADAME LA... CES FEMMES QUI NOUS GOUVERNENT de Christine Ockrent.
Plon, 224 pages, 18,90 €.
Gérard Courtois
18 juin 2008
DOC, DOC, DOC: Sauvons la recherche
Sauvons la recherche
Bonjour , ou bonne soirée, ou bonne nuit ou …
Je sais que ceci est assez long, que cela ne parle pas de l'inversion de la
marche des courants à l'intérieur de l'extériorité des cénacles potentiellement
de gôche…
Evidemment, il ne s'agit pas ici du pouvoir d'achat (qui est pourtant un sujet
fort grave—dit sans ironie—) ni du prix des matières premières ou du cours de
l'euro (à propos d'Europe, heureux de la gifle irlandaise assénée à
l'anti-démocratie. Sans illusion sur le contournement de la volonté des
citoyens. Malheureusement, l'Europe sociale est bien loin d'éclairer a pupille
de nos chargés de gouvernement !)…
Non… Il ne s'agit que de l'avenir de notre quotidien dans un à venir proche…
Alors en cette période de pleine lune, je vous demande quelques minutes
d'attention pour ce qui suit…
Bien à vous tous…
Bonjour,
Nous nous adressons aujourd’hui solennellement à tous les citoyen(ne)s
signataires de notre pétition de 2004. Nous voulons tout d’abord vous informer
de l’extrême gravité des menaces qui pèsent sur le monde académique. Nous vous
demandons ensuite de relayer ces informations auprès de votre famille, vos
amis, vos élus. Nous espérons enfin que tous ceux et celles qui se
reconnaissent dans la notion de service public d'enseignement supérieur et de
recherche apporteront, comme en 2004, un soutien actif aux initiatives que la
communauté académique sera amenée à prendre dans les semaines et mois à venir
pour sauvegarder son existence et son avenir.
En effet, ces derniers jours, de nouvelles informations confirment la gravité
de la situation, que nous décrivons plus loin. Aussi avons-nous décidé de
lancer des actions importantes, avec notamment le blocage du Conseil
d’Administration du CNRS le 19 juin, de nombreuses actions locales décidées en
région et une grève administrative, si nos demandes ne sont pas respectées
(voir http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1921 ). Ces
actions nécessitent la mobilisation de tous ceux qui travaillent dans la
recherche et l'enseignement supérieur. Des assemblées générales sont
actuellement organisées sur les différents campus, il faut les démultiplier
dans tous les laboratoires jusqu'au 19 juin pour informer tous nos collègues,
déterminer les modalités de la mobilisation du 19 juin et préciser les formes
que prendra la grève administrative.
Alors que les protestations contre la politique de Valérie Pécresse se
multiplient (voir sur notre site http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1906
et http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1912),
après une « marche de tous les savoirs » qui a réuni 10 000 personnes en
France (voir http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1901), nous
avons le devoir d’arrêter ces réformes qui nous sont imposées sans aucune
concertation, contrairement aux allégations de la ministre.
Le gouvernement est en effet en train d’essayer de mettre l'enseignement
supérieur et la recherche sous son contrôle direct et au service de l'économie,
incapable de comprendre que la science n’est pas un simple outil technique de
production de richesses. Françoise Héritier, professeure au Collège de France,
répond à cette conception: "Même des sciences humaines et sociales, on
attend qu'elles rapportent ! Des bénéfices existent, mais ils sont de l'ordre
de la compréhension et de la connaissance, ce qui est déjà énorme. Personne ne
peut évaluer la valeur marchande de l'œuvre de Lévi-Strauss." De même
Albert Fert (prix Nobel de Physique 2007) déclare : « Les chercheurs doivent
être conscients des problèmes de société… mais on ne peut pas imposer une
finalité stricte à la recherche ». Mais le gouvernement ignore ces évidences et
continue sa marche forcée.
Aujourd’hui, il a décidé de s'attaquer au CNRS, organisme de recherche de
réputation internationale, car celui-ci pouvait jusqu'à aujourd'hui conduire
une politique scientifique élaborée par des chercheurs et non par des
politiques. Le gouvernement veut ainsi imposer un découpage du CNRS en
instituts indépendants, dont la nomination des directeurs et les budgets
seraient contrôlés directement par le pouvoir politique. Cela signifierait la
disparition du seul opérateur global de la recherche fondamentale en France.
Cette disparition entraînerait l'affaiblissement de tous les secteurs de la
recherche publique, en particulier la recherche universitaire, puisque dans la
plupart des UMR (Unités Mixtes de Recherche), un des partenaires est
universitaire. L'inquiétude est particulièrement grande pour certains secteurs,
tels que l'informatique ou les sciences de la vie, disciplines qui seraient
chapeautées par des organismes à vocation de recherche essentiellement
finalisée, au détriment de la recherche fondamentale. Quant aux SHS (Sciences
Humaines et Sociales), leur présence au CNRS serait fortement réduite.
La décision de démanteler le CNRS devrait être prise lors de son Conseil
d'Administration (CA), le 19 juin, seul habilité, aujourd'hui, à décider de cette
restructuration. Mais la réunion du CA du CNRS du 19 juin ne doit pas avoir
lieu ! Nous sommes en effet décidés à bloquer ce processus de destruction et
appelons tous les personnels, avec les syndicats, à empêcher le 19 juin le
pouvoir de faire croire que sa "réforme" se fait avec l'assentiment
des personnels concernés. Ces derniers ont, depuis des années, fait des
propositions pour une autre réforme de la recherche et de l'enseignement
supérieur. Nous sommes très nombreux à demander :
- Le non-démantèlement du CNRS en Instituts pilotés par le gouvernement.
- La création de 5000 postes dans l'enseignement supérieur et la recherche afin
d'améliorer l'encadrement en premier cycle et d'accroître l'activité de
recherche des enseignants-chercheurs, de réduire la précarité croissante à
laquelle on assiste aujourd'hui et enfin de permettre une réduction des tâches
administratives de plus en plus lourdes qui incombent aux
enseignants-chercheurs, chercheurs et ingénieurs de recherche et qui les
empêchent de faire leur métier.
- Un plan de développement permettant à toutes les universités, et pas
seulement à quelques unes d'entre elles, d'avoir des locaux répondant aux
normes de sécurité, et dont nous puissions être fiers au lieu d'en avoir honte.
- Une dotation budgétaire décente pour les organismes de recherche et les
universités, condition indispensable à une autonomie véritable (et non fictive,
comme c'est le cas actuellement), notamment en reversant à ces établissements
une partie importante du budget de l'Agence Nationale de la Recherche.
Une grève administrative sera déclenchée immédiatement si le démantèlement
annoncé du CNRS devait être décidé le 19 juin ou effectué à la sauvette cet
été. Cette grève pourra prendre des formes multiples :
refus des directeurs d'unité de signer des documents administratifs,
refus de remettre des rapports scientifiques ou financiers,
refus de participer à des commissions d'évaluation pour l'Agence d'Evaluation
de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur, etc.
Nous ferons également appel à ce moyen de pression, utilisé avec succès en
2004, pour faire aboutir les autres demandes vitales pour notre système
d'enseignement et de recherche mentionnées ci-dessus. Ces questions deviendront
en effet brûlantes au moment du vote des budgets, à l'automne, qui pourraient
reproduire la baisse des crédits de base des laboratoires et l'absence de
création d'emplois que nous avons subis cette année.
Posté par Humbert R, 18 juin 2008 à 00:09
20 avril 2008
DOC, DOC, DOC . :Discours sur le colonialisme
Sur "relectures.org"
Aimé Césaire
« Discours sur le colonialisme »
Jamais l’homme européen
ne s’élance vers l’avenir
Si, comme le dit l’expression
proverbiale, « ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire », il
faut se demander qui sont les véritables vainqueurs de la
décolonisation : les peuples colonisés qui se sont libérés du joug de
l’oppresseur ? ou bien les anciens colonisateurs qui se libèrent enfin
aujourd’hui de la part d’ombre de leur propre histoire ? Admettons que
le colonialisme comporte au moins quatre moments : 1. Je viens chez
toi. 2. Je prends tout ce qui est à toi. 3. Ce que je n’ai pas pu
prendre, je le détruis. 4. Je revendique enfin la légitimité à raconter
la seule version "raisonnable" de ce j’ai fait. C’est à la critique de
ce quatrième moment que peut désormais nous aider une relecture du
« Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire.







