Ce sont 6,7 millions de voix qui ont été perdues depuis le premier tour de l'élection présidentielle, surtout chez les jeunes, les femmes et dans les quartiers populaires." Ce sera la seule pierre jetée par Ségolène Royal dans le jardin du Parti socialiste.

Commentant pour la première fois l'échec des élections européennes, l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle, qui s'exprimait, lundi 15 juin, devant quelque 600 fidèles réunis à la mairie du 4e arrondissement de Paris, n'a pas voulu enfoncer le clou de la défaite. Ouvrant la troisième "université populaire participative" de son mouvement, Désirs d'avenir, consacrée à la crise économique, Mme Royal a surtout mis en exergue la faible participation au scrutin européen. "Cette abstention appelle un sursaut, une audace. Ce sont ceux qui souffrent le plus de la crise qui sont le moins allés voter", a-t-elle souligné. "Nous devons avoir l'audace d'espérer, le courage de reconstruire, la générosité pour changer de système", a-t-elle insisté dans une courte déclaration.

Officiellement réconciliée avec Martine Aubry depuis le meeting de Rezé, fin mai, et disposant depuis peu d'un statut officiel au sein du PS, qu'elle va représenter auprès de l'Internationale socialiste - elle en deviendra vice-présidente avant, peut-être, d'en guigner la présidence en 2010 -, Mme Royal se tient à l'écart des soubresauts que traverse son organisation. Décidée, selon son entourage à "prendre de la hauteur", elle assure privilégier "le travail sur le fond". D'où le volumineux programme de Désirs d'avenir qui, après avoir planché sur "la fraternité" et "l'après-crise", se penchera dans les prochains mois sur les valeurs de la gauche, l'éducation et la croissance verte.

D'où, aussi, la volonté de valoriser son bilan en matière sociale et environnementale à la présidence de la région Poitou-Charentes dans la perspective d'une réélection, en mars 2010, indispensable à la poursuite de ses ambitions nationales. Ce qui n'empêche pas Mme Royal d'observer de près le rééquilibrage engagé par Martine Aubry qui pourrait annoncer, mardi 16 juin, une réorganisation des instances dirigeantes afin de lancer la "refondation" du PS.

Délibérément non polémique dans ses prises de position, ce qui fut loin d'être toujours le cas au cours des derniers mois, l'ancienne candidate à la présidence de la République se pose en bonne élève du PS. Elle prend du champ en dialoguant avec des chercheurs et des intellectuels sur le nécessaire renouvellement de la pensée de la gauche - lundi, elle avait invité à débattre Jacques Attali ainsi que les économistes Jean-Paul Fitoussi et Philippe Aghion - et se dit prête à participer activement au réarmement idéologique de son parti. Cette posture, à l'écart des joutes postélectorales, est largement dictée par son isolement au sein du PS. La plupart des dirigeants qui, autour de Vincent Peillon et des grosses fédérations méridionales, l'avaient soutenue lors du congrès de Reims ont pris leurs distances. Ils négocient avec Martine Aubry et l'état-major du PS sans se considérer pour autant comme les représentants des intérêts de Ségolène Royal.

POSITION D'ATTENTE

L'ancienne candidate, qui assure désormais discuter "en direct" avec la première secrétaire, attend surtout de la direction du parti qu'elle accepte d'organiser des primaires ouvertes aux sympathisants pour désigner la personnalité qui tentera de battre Nicolas Sarkozy dans trois ans. Soucieuse de ne pas apparaître obnubilée par l'élection présidentielle, Mme Royal évite de se faire trop ouvertement l'apôtre de ce mode de désignation. Pour l'heure, elle préfère laisser les "quadras" monter au créneau. Quitte à leur abandonner le rôle d'agitateur d'idées ? "Ce serait embêtant s'il n'y avait qu'un ou deux quadragénaires en lice, mais, visiblement, tel n'est pas le cas", faisait remarquer l'avocat Jean-Pierre Mignard, proche de Mme Royal, en marge de la réunion de Désirs d'avenir. Une allusion à l'annonce, le jour même, de la candidature de Pierre Moscovici en cas de primaires socialistes. La veille, Manuel Valls avait fait de même.

En position d'attente, Mme Royal n'accorde pas pour autant un blanc-seing à la première secrétaire. "La volonté transformatrice, on en prend acte, mais il faudra que les choix soient faits dans les six mois", prévient M. Mignard.

Jean-Michel Normand

Source: LE MONDE